Jérémie Toedtli se fait remarquer lors de son entrée dans l’élite mondiale

Début avril, le Championnat du Monde des Rallyes WRC a fait halte en Corse. Dans un championnat plus ouvert que jamais (4 courses, 4 vainqueurs et 4 constructeurs différents), le jeune Jérémie Toedtli, de Colombier, s’est brillamment illustré et a démontré une fois encore que son niveau de pilotage justifie sa présence dans la plus haute catégorie de ce sport.
Etudiant en ingénierie à la Haute Ecole ARC de Neuchâtel, il s’est déjà fait remarquer ces dernières années en participant notamment au Championnat de France des Rallyes, en Peugeot 208 Rally Cup, véritable école formatrice de futurs champions qui a permis à de nombreux pilotes de lancer leur carrière internationale ; comme Sébastien Ogier et Gilles Panizzi, pour ne citer qu’eux. Jérémie Toedtli a par ailleurs terminé à une brillante 3ème place au classement final l’an dernier.
Afin de gravir les marches permettant d’accéder aux catégories supérieures, il a décidé de hausser le niveau et de passer la vitesse supérieure.

Les routes corses, il connaît ! En effet, alors qu’il avait tout juste son permis en poche, c’est sur ces terres que Jérémie Toedtli a débuté en rallye, à l’occasion du Tour de Corse Historique en 2012, en VHC (Véhicules Historiques de Compétition), sur une Ford Escort MK2, préparée dans les ateliers GTO Evolution de son père Gérald, à Auvernier.

Jérémie Toedtli, les passionnés le savent, c’est un talent indéniable, beaucoup de sang-froid et une fiabilité hors-pair (un seul abandon sur sortie de route en 39 courses). Celui que l’on surnomme affectueusement « Iceman » a déjà fait parler de lui. Lors de la dernière édition du Rallye International du Valais, en 2016, il a, pour la première fois de sa jeune carrière, pris le volant d’une voiture quatre roues motrices, la Skoda Fabia R5. Ce type d’auto est ce qui se fait de mieux (après les voitures d’usine) et nécessite par ailleurs une grande expérience afin d’en utiliser tout le potentiel. Il a ainsi confirmé ses prédispositions observées lors de ses premiers rallyes en terminant à une brillante 3ème place au classement général.

Fort de cette première expérience au plus haut niveau mondial, il s’est laissé aller à nous raconter sa course en Corse

Première étape

C’est parti pour cette première journée de championnat du monde des rallyes ! Bien que la pression nous envahi au fur et à mesure que l’échéance approche, la concentration et l’envie de bien faire sont de mises. La Skoda Fabia R5 nous attend sagement dans le parc fermé d’Ajaccio.

Lors de cette première journée de course, nous allons parcourir deux spéciales de 30 km à deux reprises et le tout sans assistance. Cela ne permet aucune faute de notre part, ajoutant une pression supplémentaire. Bien que l’objectif de ce rallye soit de se faire remarquer, il faut absolument être à l’arrivée pour consolider notre image de fiabilité et emmagasiner un maximum d’expérience avec la voiture.

La première boucle de 2 épreuves spéciales se passe sans problème. Nous n’avons pris aucun risque, surtout en constatant déjà de nombreux abandons. Pour une première avec mon co-pilote Antoine Paque, on s’en sort relativement bien, classé 10e des R5 sur 22 voitures au départ. Une des difficultés en mondial est la dégradation de la route suite au passage des premiers concurrents, qui coupent les virages et amènent de la terre et du gravier sur la route, ne permettant aucune erreur de trajectoire. Heureusement, nous avons pu regarder les caméras embarquées de l’édition 2016, qui était quasiment identique à celle-ci et nous avons noté, lors des 2 passages autorisés de reconnaissance, les portions qui risqueraient d’être sales.

Après un petit regroupement à Porticcio, permettant de nous ravitailler, nous repartons pour la deuxième boucle avec la ferme intention d’améliorer nos chronos du matin. Après avoir pris un super départ dans la troisième spéciale, pointant au 6e rang provisoire au temps intermédiaire, je me fais surprendre par un virage légèrement sale et la Skoda m’échappe, part en tête à queue. Plus de peur que de mal, la voiture finit par s’arrêter sans rien avoir touché, mais en sens inverse de la spéciale ; il a donc fallu faire demi-tour… quelques poignées de secondes perdues au passage ! Dans la quatrième spéciale et dernière du jour, nous réalisons le 8e temps et remontons ainsi à la 8e place du classement R5.

Je suis globalement satisfait de cette première journée, un peu déçu par ma faute dans la troisième spéciale, car je sais que nous aurions réalisé un bon chrono. Tout au long de la journée nous avons ajusté quelques réglages de suspensions pour obtenir une voiture qui me corresponde au mieux.

Deuxième étape

Le deuxième jour débute par la spéciale la plus dure du rallye, longue de 50 km, dont une partie extrêmement piégeuse en descente. C’est avec beaucoup d’appréhension que nous abordons cette épreuve spéciale, mais une fois au départ, un arrêt de course survient suite à la violente sortie de route d’un concurrent parti quelques voitures devant nous. La course est interrompue pendant plus d’une heure suite à la nécessité de l’intervention médicale ; heureusement seul l’équipage est touché et leur pronostic vital n’est pas engagé. La course redémarre. Bien évidemment, les pneus ont totalement refroidi, c’est donc avec prudence que nous nous élançons. Après environ 2 km nous traversons le village de La Porta et dans un virage à gauche, je n’avais pas noté qu’il y avait un petit muret à l’intérieur et nous l’avons touché avec une roue. Au début, j’étais persuadé que nous avions crevé, mais finalement la jante avait amorti le choc, même des rayons s’étaient brisés mais nous avons pu continuer de rouler. Cependant à partir d’une certaine vitesse, je ressentais de grosses vibrations et j’ai donc terminé la spéciale à allure modérée.

La seconde spéciale du jour reprenait une partie d’une épreuve que j’avais déjà empruntée lors de mes premières courses en rallye historique. C’est donc avec l’envie de bien faire que l’on s’élance dans ce chrono et à l’arrivée, le temps est bon, à la bagarre avec les concurrents professionnels animateurs de ce plateau.

Lors du second tour dans les mêmes spéciales, je commets à nouveau une petite erreur dans la longue, où je pars en demi tête à queue et heurte un rocher à faible allure. Le temps perdu est à nouveau conséquent, plus de 20 secondes. Heureusement, nous finissons la journée avec une bonne dernière spéciale, ou nous réalisons le 6e temps. Au niveau du classement, nous pointons à la 13e place au général et 7e du R5 à 9 secondes de la 6e place, notre objectif du lendemain ! Mais je suis fâché contre moi-même d’avoir commis ces 2 petites erreurs, qui m’ont coûté beaucoup de temps.

Troisième et dernière étape

Nous voilà déjà au terme de ce rallye avec la dernière journée de course. Il reste tout de même deux spéciales, dont la plus longue du rallye, avec ses 54 km à parcourir. J’avais à cœur de réaliser un bon temps dans cette épreuve, car la veille, j’ai manqué de réussite dans les longues spéciales et je voulais montrer que j’avais les capacités à tenir le rythme au niveau physique mais également au niveau de la concentration, à savoir que la spéciale a duré plus de 34 minutes. Nous réalisons le 6e temps à 0.8 secondes par kilomètre du premier R5, ce qui est vraiment un exploit pour moi. Je suis vraiment ravi de ce résultat, nous remontons ainsi à la 5e place du groupe R5, devant le champion du monde Junior 2016. La dernière spéciale n’est qu’une formalité, nous ne prenons aucun risque et rallions l’arrivée prudemment.

Je suis super content de mon rallye, bien sûr j’ai commis quelques erreurs, mais on a su rester sur la route et éviter les nombreux pièges. C’était mon premier rallye en Mondial, le deuxième avec une R5 et également le premier avec mon co-pilote. Donc terminer 5e du groupe R5 et 12e du général est un véritable exploit ! L’objectif est ainsi totalement réussi, avec aussi les félicitations du team Manager de l’usine Skoda.

Merci au team EasyRally, qui m’a mis entre les mains une voiture compétitive et fiable. Merci à Antoine, mon co-pilote, qui a su s’adapter à mes notes et mes exigences ; ) ! Un grand Merci à tous mes partenaires qui me suivent, ainsi qu’aux fans de rallyes. Nous serons au rallye du Chablais, le premier week-end de juin. A tout bientôt !